Bonifacio / Bunifaziu
Son Histoire

Boniface, Comte de Toscane
 
La présence humaine sur le plateau calcaire de Bonifacio, si curieux du point de vue géologique et constituant l'extrême sud de l'île de Corse, semble remonter au VIIème millénaire avant J.C.

Il n'est pas interdit de penser, compte-tenu d'une description de l'Odyssée, qu'au XIIème siècle avant notre ère, Ulysee et ses compagnons pénétrèrent dans son goulet "à double falaise à pic", se heurtant à une population peu accueillante.

Par contre, il est certain que, dès le VII siècle avant J.C, les Grecs d'Asie Mineure vinrent y commercer et qu'au IIIème siècle avant notre ère, les Romains fondèrent à quelques kilomètres, au nord de l'actuel Bonifacio, la petite cité de "Palla", terminus de la modeste voie romaine traversant la plaine orientale et occupèrent militairement à une date indéterminée, le plateau qui domine à l'est , la ville actuelle.
De ces contacts commerciaux avec les grecs et de cette présence romaine, on ne sait, pour le moment, à peu près plus rien. Il est généralement admis que la "zone de Bonifacio" a toujours été habitée au cours des siècles ayant précédé et suivi le début de notre ère. Il faudra cependant attendre le IXème siècle pour y voir apparaître un habitat urbain de caractère fortifié.

Les Principales dates marquantes de son histoire:

833 - Fondation de la ville de Bonifacio, au nom de Louis le Débonnaire, par Boniface, Comte de Toscane.
Ce serait vers 830 que Boniface, comte de Toscane, qui participait à une expédition militaire pour chasser de Corse les Sarrasins, eut son attention attirée par l'intérêt stratégique de l'extrême sud du plateau bonifacien surplombant le détroit.
Il décida d'y créer un point fort, un "Castrum" auquel il donna son nom. A l'endroit le plus haut, fut construit un cantonnement rectangulaire en pierre avec une tour, le tout constituant un poste d'observation, un refuge et un point d'appui. Au pied de ce cantonnement et sous sa protection, s'installa au fil des années une population composée surtout de gens de mer et de marchands, utilisant comme port l'anse de la Caratola.
 
1014 - Les seigneurs d'Italie chassent définitivement les Maures de Bonifacio. C'est sur une victoire que Pisans et Gênois basèrent leur prétention sur la Corse.
 
1050 - La Corse est soumise à la république de Pise
En 1092, la république de Pise se vit confier la Corse par le Pape Urbain II et exerça sa souveraineté sur l'ensemble de l'île; elle demeura maîtresse du "Castrum" de Bonifacio pendant près de deux siècles, le faisant bénéficier, ainsi que toute la Corse, de la "Paix Pisane".
 
1123 - C'est de cette époque que datent les hostilités de Pise et de Gênes pour la possession de la Corse.
 
1187 - La flotte génoise conduite par Falcone Castello, détruit Bonifacio et en chasse les Pisans.
 
1195 - Les Pisans réoccupent Bonifacio.
 
1196 - Les Gênois reprennent Bonifacio et en chassent les habitants, les remplaçant par une colonie génoise.
C'est vers la fin du XIIème siècle que les Gênois, dans le cadre de la lutte qui les opposait aux Pisans pour la conquête de la suprématie en Méditerranée, vinrent s'emparer de la cité. Ils en expulsèrent immédiatement les habitants, y installèrent, sous la protection d'une importante garnison purement génoise, un millier de volontaires ligues et, vraisemblablement, prolongèrent la cité pisane en faisaant effort sur le faubourg s'étendant à l'est, jusqu'au ravin de San Rocco.
Le milieu environnant devenant de plus en plus hostile au fil des années, les Génois réalisèrent une fortification urbaine comprenant essentiellement:
-un châtelet ou "Castelleto" élevé à l'emplacement du cantonnement pisan.
-une enceinte urbaine, englobant la cité pisane et la nouvelle cité génoise, constituée d'une muraille crénelée, flanquée de tours et judicieusement prolongée par la défense naturelle des falaises.
Pendant six siècles, jusqu'en 1768, Bonifacio "enclave génoise", isolée sur son rocher, demeurera fidèle à la vieille cité maritime ligure dont la population était originaire.
 
1215 - Arrivée à Bonifacio de Saint François d'Assise qui se réfugie dans une grotte du couvent de Saint Julien.
 
1280 - Pierre-Mathieu Doria est Podestat de Bonifacio.
 
1318 - Construction par les Gênois d'une citerne sous la Loggia, alimentée par les eaux de pluie du Bastion et les toitures des maisons.
 
1420 - Bonifacio dut soutenir un long siège de cinq mois contre les armées corso-espagnoles sous les ordres de Vincetello d'Istria et le Roi Alphonse V d'Aragon.
En 1420, le Roi d'Aragon, Alphonse V, déjà maître de la Sardaigne, voulût enfin se rendre maître de la Corse qui avait été concédée en 1027 à ses aïeux par le Pape. Aidé par un seigneur corse, Vincetello d'Istria, qu'il avait nommé Vice-Roi de l'île et qui s'en était rendu maître à l'exception de Calvi et de Bonifacio, il vint au printemps de 1420 mettre le siège devant cette dernière.
Le siège devait durer cinq longs mois et grâce à l'héroïsme des Bonifaciens il échouera.
En janvier 1421, Alphonse V appelé à Naples par la Reine Jeanne qui voyait en lui son successeur, se résigna à lever le siège.Bonifacio aura empêché la Corse de basculer toute entière dans le camp espagnol.
 
1480 - La Banque Saint Georges s'installe à Bonifacio.
 
1528 - La ville est ravagée par une terrible peste. elle a étté réduite de 5.000 à 700 âmes.
 
1541 - Charles Quint débarque à Bonifacio et y demeure pendant quelques jours.
 
1553 - La ville est assiègée par les forces corso-françaises commandées par le Maréchal de Thermes; Sampiero-Corso par la terre et les Turcs (alliance impie) sous les ordres du Corsaire Dragut, par la mer. La garnison ne disposant que de 400 hommes se rendit. les Turcs, contrairement à leur promesse, les massacrèrent.
C'est au cours de la lutte opposant les Rois de France à Charles Quint, que les Français de Henri II, les Turcs de Dragut et les partisans de Sampiero-Corso, vinrent mettre le siège devant la cité. Grâce à leur artillerie installée sur l'ensemble des plateaux dominant la ville, ils l'écrasèrent sous une avalanche de plus de 6000 boulets métalliques qui fracassèrent les murailles, créèrent des brèches géantes et contraignirent le commandant de la place à la capitulation.
Contrairement à la parole donnée, la garnison fut massacrée par les Turcs. L'ensemble de la population évacua la ville qui, aux trois quarts détruite fut, fort heureusement, confiée aux seules troupes françaises.
C'est alors que dans la Corse occupée et administrée par les Français, Bonifacio va, grâce à eux, bénéficier des travaux de modernisation des fortifications qui s'imposaient depuis longtemps. C'est cette fortification, commencée par les Français et terminée par les Gênois, que l'on peut admirer aujourd'hui.
 
1559 - La signature du traité de Cateau -Cambrésis entraîne le départ des Français, la ville redeviens Gênoise.
 
1598 - Construction du pont-levis de la Porte dite "de Gênes".
 
1731 - Les Gênois construisent la caserne Place Saint Dominique.
 
1768 - Par le Traîté de Versailles, Bonifacio et toute la Corse sont cédées par les Gênois à la France.
Les Français qui, par quatre fois, de 1738 à 1768, sont intervenus pour aider Gênes à maintenir sa domination sur l'île, vont, en application du traité de Versailles, prendre possession de la Corse.
Les Corses s'y opposeront par les armes jusqu'au désastre de Ponte Novo (1769).
Les Bonifaciens admettront le fait du Price et la ville passera aux mains des Français en 1769.
 
1793 - Expédition de Sardaigne et séjour de Bonaparte à Bonifacio.
Bonifacio servira de base de départ à la malheureuse expédition de Sardaigne et c'est tout près de l'église actuelle de saint Jean-Baptiste que le Capitaine Bonaparte élu lieutenant-colonel de bataillon des volontaires de Liamone, faillit terminer sa carrière sous les coups de quelques marins marseillais hostiles à toute autorité.
 

....Et puis ce fût le souffle orageux de l'Empire, la Restauration, le Second Empire, la République... Le Bonifacien ira aux quatre coins du monde pour y "faire carrière" et servir la France.

Bonifacio perdra de plus en plus de son importance et on oubliera qu'elle fût la première cité de Corse et l'une des forteresses les plus puissantes de Méditerranée, mais pour tous, elle était et demeure encore...
 
" la gardienne privilégiée du détroit ".
 

textes: Général A.Serafino / Corseweb / Corsenet