L'Archipel des Lavezzi


 

 

Entre la Corse et la Sardaigne, un chaos de blocs rocheux (granit) dont les silhouettes, ici et là, évoquent des animaux, émerge des flots : l'Archipel des Lavezzi.
C'est le point le plus méridional de la Corse (41°21') et du territoire européen de la France
La nudité de ces îles sauvageonnes ne révèle en rien leur richesse et leur splendeur sous-marine. Le statut de réserve naturelle les préserve de toute agression depuis 1982.

L'archipel des Lavezzi rassemble autour d'une île principale de 66 hectares une centaine d'îlots : il marque, dans le détroit de Bonifacio, entre la Corse et la Sardaigne, l'extrême sud de la France.

L'île Lavezzi fut mise à la mode en 1947 par un marquis de Parme passionné d'explorations sous-marines. Oiseaux marins et lézards peuplent les îlots où pousse le rare silène velouté, une grande plante de la famille des œillets.

Peu après le naufrage de La Sémillante, on décida de construire un phare. Il est ancré sur les rochers de la pointe Becchi, il en porte d'ailleurs le nom et fut inauguré en 1874.

L'île Cavallo, un îlot de 112 ha, était autrefois un lieu où les bergers transportaient leurs troupeaux. À partir de 1970, cet endroit paisible vit pousser de luxueuses résidences, un petit aérodrome s'installer et des ports privatifs s'insérer dans les rochers de la côte. En 1982, l'archipel des Lavezzi, à l'exception de Cavallo, fut rétrocédé à la commune de Bonifacio et classé réserve naturelle par le Parc Régional.

Ces terres appartiennent à la mémoire collective par la richesse de leur histoire, souvent dramatique, et au patrimoine naturel par la richesse de leur flore et de leur faune.

Le décor ne se plie à aucune règle. Sitôt quittées les grandes falaises blanches de Bonifacio, le visiteur rencontre un chaos de gros rochers polis par les tempêtes d'hiver. Dans cet empilement cyclopéen de blocs à patine rousse, l'altitude ne dépasse pas 4 ou 5 mètres, et permet de découvrir les petites criques, les anses minuscules et les plages de sable fin.

C'est ici qu'en 1982, à l'initiative du Parc Naturel Régional, la Corse a créé sa deuxième grande réserve naturelle. La mission était de protéger les îles comme Cavallo, Piana, Ratino, Porraggia, Sperduto, et un ensemble marin de plus de 5.000 hectares. Ce domaine d'une richesse extraordinaire possède une flore mêlant les espèces de tous les points de la Méditerranée, de la montagne et du littoral ; une importante faune d'oiseaux de mer et un très riche milieu marin.

En effet, le courant des bouches de Bonifacio, la nature des fonds, l'absence de pollution et le savoir-faire des pêcheurs ont été d'excellents facteurs de préservation de cette diversité naturelle. L'action menée depuis quinze ans dans la réserve a permis d'améliorer encore ces conditions.

Dans le domaine de la faune, pour ne citer qu'un chiffre, celui du pourcentage d'envols des puffins cendrés et des pétrels tempête à partir des nids : le taux évalué à 5% il y a quinze ans s'élève aujourd'hui à 90%.

La beauté et la richesse des Lavezzi sont peut-être encore plus flagrantes sous la mer. Les herbiers de posidonies, ces arbres de vie de la Méditerranée, abritent une multitude d'organismes marins dont se nourrissent les poissons, les oursins, les violets, les étoiles de mer.

Un peu plus bas, la grande nacre pleine de distinction s'enfonce dans les premiers sédiments. Le corail, enfin, tend ses bras depuis les profondeurs. Sur les tombants des rochers, les gorgones forment de petites colonies arborescentes. Des méduses se laissent emporter par le courant. De grandes araignées parcourent lentement les fonds où se cachent les langoustes. Des denti passent, mais le poisson roi est ici le mérou brun. Groupés en familles ou en communauté d'une trentaine d'individus, ces poissons sont si familiers et si sédentaires qu'un des espaces de la réserve où ils se retrouvent a été nommé Mérouville...


D'après des textes de Jean Delisle - Milan Presse & Guide Gallimard - Corse du Sud